mercredi, mars 07, 2007
23- L'Amer Jasmin de Fès: 01 août
Vendredi 01 août
Mamma mia, depuis vendredi dernier je n’ai plus de nouvelles. J’ai relu
ces dernières lignes et je peux écrire que moi aussi la souffrance me rend
bête. Son silence est total. S’en est-il allé à La Rochelle mon bébé ? Je me
console en pensant que Yasmin’ va très probablement m’appeler le quatre.
Le lundi quatre est un jour important. Ce jour-là elle saura si sa présence
en France est de nouveau acceptée pour trois autres mois bien insuffisants,
ou bien si elle est autorisée à y séjourner par la grâce d’une carte de séjour
d’un an ou plus. Ou bien si la préfecture, jugeant qu’ayant définitivement
divorcé, Yasmin’ n’a plus aucune raison de demeurer dans ce pays compte
tenu des lois en vigueur. L’administration est aujourd’hui certainement
informée du jugement définitif de divorce. Cette réponse négative sera
alors concrétisée par une simple lettre que j’imagine, compte-tenu de ce
que je sais, de ce type : « …suite à l’enquête diligentée par la Direction
Générale de la Police Nationale, il ne nous est pas apparu possible de
réserver une suite favorable à votre demande de délivrance d’un titre de
séjour en qualité de conjointe de français au titre de l’article 15-1 de
l’ordonnance du 2 novembre 1945… par conséquent nous vous invitons à
quitter le territoire dans le délai d’un mois… ». Aujourd’hui encore mon
coeur et ma raison s’affrontent. Ma rancune et mon objectivité. Quant aux
vacances – déjà ! – je n’ai pas trouvé de séjour à Fès qui en vaille la peine.
Les séjours sont tous aussi inabordables les uns que les autres. Et puis
maintenant à quoi cela rimerait que j’aille à Fès ? J’ai été tenté par Oslo
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mais la vie y est très chère pour les vacanciers du sud. Djakarta c’est trop
loin. Des amis de Paris ont insisté pour que je monte les voir. Je verrai.
Lundi.
Il y a quelques semaines Katia se demandait à voix haute qui
l’accompagnera à la sous-préfecture le quatre août. Elle est tenue de s’y
présenter sans faute au jour J arrêté par l’administration, et le jour J c’est
aujourd’hui lundi quatre août. Va-t-on lui renouveler son titre de séjour ?
Je lui avais promis de l’accompagner mais il est vrai que nous étions loin
en amont du vendredi vingt cinq juillet. Entre temps l’eau a abondamment
coulé sous le viaduc de nos relations. Nous voilà au quatre août et je suis
sans nouvelle. Elle n’a pas osé m’appeler. C’est aussi bien. Mais je ne peux
m’empêcher de penser à elle.
Vingt heures quarante. J’ai passé la matinée à surfer sur l’Internet et
l’après-midi à lire. J’ai ouvert Vargas : « Pars vite et reviens tard. » De la
page 333 j’ai noté ceci : « Je ne vous écris pas pour vous arranger les
choses. Vous m’avez pris pour un idiot et ça ne me fait pas plaisir. Mais
comme j’avais l’air d’un idiot… » Il y a parfois de ces coïncidences… Je
m’étale devant la 5.
Mercredi, 17 h 37.
Mon portable a sonné. J’ai lu « au secours au secours ». En reprenant
mes esprits j’ai lu : « appel en cours, appel en cours ». Je n’ai pourtant pris
que deux mousses, deux mousses blondes.
– Tiyé où ?
– Ici.
– Où ici ?
– A la maison.
– Et les vacances ?
Katia rit. Je réalise qu’il ne me faut pas faire l’imbécile. « Elle a fait la
chienne alors un peu de retenue mon vieux », c’est ce que je me dis en mon
for intérieur. Je réponds :
– Je les prends à partir de demain ou vendredi. Tu vas bien ? (je pense :
erreur)
– Non, ça va pas. Tu peux venir me voir ?
– Non
Elle est très déçue.
– Dommage.
– Je ne peux pas, à bientôt. (je pense : erreur)
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– Ayya saha saha, à bientôt, ciao.
J’ai tenu. Je ne lui ai pas demandé des nouvelles de la sous-préfecture.
J’ai néanmoins fait deux erreurs. Mais que veut dire le « ça va pas » ?
J’aurais peut-être dû…
Vendredi, 22 heures 10, Formule 1, Paris.
Le documentaire sur Arte m’ennuie. Le réalisateur a fait les efforts qu’il
fallait, sûrement, mais le résultat m’ennuie. Il me faut peut-être écrire ce
que je fais dans cet hôtel. La décision de monter sur Paris je l’ai prise
mercredi soir et deux jours plus tard, cet après-midi à Avignon, j’ai sauté
dans le TGV venant de Marseille avec quelques jours de congés en poche.
Je suis arrivé à la gare de Lyon à quinze heures trente. Il faisait trente-neuf
degrés et des poussières, chaleur étouffante et le corps moite. Je n’ai appelé
aucun de mes amis. Ni mes enfants. J’ai préféré d’abord m’installer. Hôtel
Formule 1 de la porte de Saint-Ouen. Il figure parmi les moins chers des
hôtels de la place (35 € la chambre). Monsieur confort et madame étoile
nouvelle norme vaquent à leurs affaires sous d’autres arrondissements.
J’étais encore à dix-sept heures cinq à me demander ce que j’allais faire le
soir lorsque le portable s’est manifesté. Katia. Décidément elle s’agrippe.
Je veux dire que lorsqu’il s’agit de régler ses problèmes elle s’accroche
comme un dogue argentin ou bordelais à une chaussette ou comme un
Pitbull à un bras. Parce qu’il ne s’agit rien d’autre que de cela et j’en étais
certain. J’ai été clair et même sèchement clair.
– Tiyé où ?
– A Paris.
– Bessahha alik, bonnes vacances.
– Merci.
Je voulais qu’elle en vienne aux faits.
– La préfecture m’a demandé l’original de la décision de divorce mais je
ne l’ai pas.
– Demande-la à ton avocate.
– Ah.
– Bien oui, allez au revoir.
– Oui au revoir. Ça va ?
– Oui.
– Bonnes vacances.
Tout compte fait je me suis décidé pour une soirée calme dans une
pizzeria de l’avenue de Saint-Ouen. Les souvenirs ont commencé à affluer
dès mon arrivée à l’hôtel. Dans ce restaurant ils se bousculent, c’est une
avalanche d’images de sons et d’odeurs qui m’emporte. Durant les années
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70 j’ai longtemps navigué dans le rectangle qui relie la Porte de Saint-
Ouen à Brochant, la Place de Clichy à la place Blanche. Cet espace fut
longtemps mon univers. J’y ai travaillé (réceptionniste chez Darty), habité
(rue des Moines) et bien sûr je m’y suis amusé (place et boulevard de
Clichy). C’est tellement loin. Réceptionniste le jour, étudiant le soir
(dans le bois de Vincennes) et la vie devant soi. Avec le temps Léo, avec le
temps va…
Vingt-deux heures trente : Le documentaire sur Arte « viens voir ma
boutique » m’ennuie. Il nous montre comment des touristes occidentaux
pervertissent l’atmosphère sénégalaise, assis confortablement sur leurs
certitudes et leur monnaie. L’essentiel se passe à Gorée. Richesse des uns,
détresse des autres. Mais alors quoi ? rasant.
Vendredi 15 août
Retour à Orgon.
La semaine à Paris fut globalement sage. J’ai rencontré quelques amis.
Je n’ai passé qu’une seule soirée folle, à Bastille « rue de Lappe, rue de
Lappe pour respirer un peu d’air frais de ce bon vieux quartier. C’était
parfais oui mais, oui mais… » Je n’ai parlé à personne de Katia.
Septembre le 10.
Aujourd’hui Katia m’a appelé. J’ai immédiatement su que c’était elle.
Mon portable a indiqué « FJT Sénas », un numéro que je n’ai pas supprimé
contrairement aux siens. Elle veut revenir à Cavaillon : « j’ai commencé
une FLB à Sénas dit-elle, mais ce n’est pas bien, on ne fait rien. » Je l’ai
orientée sur la Mission locale d’Orgon ou de Cavaillon car nous ne
pouvons recruter directement. Les prescriptions sont faites par la M. L.
Katia ne comprend pas. Elle dit « tu ne veux pas de moi. » « Je pense que
tu devrais poursuivre la formation à Sénas, c’est mieux pour toi, c’est plus
près de ton domicile. » Elle a tenté des digressions que j’ai refusées. Je suis
resté sur le thème de la formation. Poliment et obstinément. A dix-sept
heures cinq et dix-sept heures vingt-cinq elle m’a rappelé sans laisser de
message.
Chaque jour qui passe me conforte dans mes sentiments. Je m’aperçois
que si certains lieux ou certaines chansons que Katia et moi avons partagés
ne se présentent pas concrètement à moi, je ne pense pas à elle ou si peu. Il
s’agit de lieux et de chansons qui sont étroitement liés à notre relation.
Loin de ces lieux, loin de ces chansons je ne pense (presque) pas à Katia.
Ma conviction est définitivement faite. Elle n’a pensé durant plusieurs
mois qu’à ses propres intérêts et seulement à eux. Mais pourquoi est-elle
tombée sur moi ?
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Mardi 16
En attendant la reprise des cours à treize heures trente, des stagiaires
discutent sur les marches de l’escalier. Je leur adresse un regard furtif
mais néanmoins suffisant pour m’apercevoir qu’une silhouette entre
toutes, qui ne m’est pas inconnue, semble faire l’objet de toutes les
attentions. Je ne regarde pas franchement en sa direction, mais il me
semble la deviner. Mes stagiaires regagnent la salle de cours. Durant la
première partie de l’après-midi je leur dicte un texte d’une vingtaine de
lignes. Des volontaires écrivent les phrases au tableau à raison d’une à
deux chacun. Les corrections sont apportées en commun. A 15 h 30 les
stylos et crayons sont posés sur les tables, avec force par certains. Le
travail est fini, la salle se vide. C’est la pause. L’ombre des escaliers entre
dans la salle des formateurs, seule. Elle s’est transformée en une belle
jeune fille. Yasmin’ a pris quelques centimètres et du poids. Sa silhouette
est enveloppée et je la trouve très bien ainsi. Elle est radieuse et tout en
elle est lumineux. Elle a passé ses longs cheveux noirs au séchoir. Ils
plongent sur le bas de son dos, comme une cascade à la tombée du jour.
Le pantalon blanc aux jambes retroussées et à la coupe près du corps, la
moule du tonnerre. Le Tee-shirt bariolé laisse entrevoir une fine chaînette
en or, discrète. A peine perceptible. J’ai grande envie de lui dire qu’elle
est ravissante. Un paon épanoui, Iris et son écharpe. Je m’en veux de ne
pouvoir lui dire. Elle doit s’apercevoir à l’expression de mon visage, de
mon regard, combien je suis perturbé. En l’invitant à prendre place je fais
tomber la chaise. Sa seule présence me trouble. Neuf fois sur dix. Hier
comme aujourd’hui. Il suffit qu’elle se plante devant moi. Yasmin’
s’aperçoit de mon affolement et me demande de but en blanc : « Ça va
toi ? » Je réponds que je vais bien et change de sujet. « Parle-moi de ta
formation ». Elle dit ne pas s’y trouver bien. Elle ajoute qu’en été elle a
travaillé une dizaine de jours dans le conditionnement des fruits, et dix
jours aussi ou un peu plus à distribuer des journaux gratuits. Elle ne sait
plus leur nom et dit « j’ma fou ». J’aimerais demeurer le reste de la
journée à ses côtés, hélas je dois reprendre mon FAF. Elle-même est
surprise par le temps, qui passe vite parfois dit-elle. Elle parle plutôt en
arabe. Je lui réponds en français. Cette fille est troublante mais il me faut
maintenir une distance. Yasmin’ me suit jusqu’à la salle de formation.
Les stagiaires m’attendent. Elle demande si elle peut assister au cours
mais je ne l’autorise pas car elle me ficherait le foin. Elle sort sur la
pointe des pieds avec regrets.
Après les travaux d’écriture d’avant la pause je propose au groupe la
lecture de « Samarcande » le magnifique roman d’Amin Maalouf. Comme
je l’ai fait antérieurement. Certains stagiaires qui étaient parmi nous durant
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l’action précédente adhèrent spontanément et avec enthousiasme à la
proposition. Je leur demande alors d’expliquer ce dont il s’agit. La
discussion autour du roman, de l’auteur, de la civilisation arabe, est très
riche. Bien sûr d’inévitables glissements nous précipitent au bord d’abîmes
incertains : Oussama, Dabelyou, les attentats de Casa et de Bagdad, la
terreur israélienne (ma retenue fiche le camp), le séisme d’Alger, la
libération de Belhadj, l’arrestation d’Yvan Colonna… L’heure de la sortie
est arrivée comme dix-sept poils dans la bouillabaisse. Dix minutes plus
tard je reçois ce message : « Sa va Razi sur moi ? » C’est elle encore. Son
piège est tendu. Faut-il que je réponde ou non ? Et si je décidais d’une
réponse qu’elle serait-elle ? Quelle que soit ma réponse le piège se
refermera sur elle. Je veux dire qu’il se refermera sur ma réponse et donc
sur moi. Il ne faut surtout pas que je réponde. Mais est-ce un piège ? Après
réflexion je décide de lui répondre par une fin de non-recevoir comme on
dit dans l’administration.
Il est dix-neuf heures. Je lui envoie ceci : « Je n’ai rien à dire. » C’est
sec, c’est abrupt. C’est dans son style en quelque sorte, franc et raide.
Dimanche 21 septembre, 22 h.
Il était dix-sept heures quarante-cinq, je planais au-dessus d’un article
du dernier Matricule des anges. Lucot y écrit qu’il aime la phénoménologie
car on y trouve « la saisie globale du réel, avec la possibilité de découvrir à
la fois l’essence des choses et son être au monde », je planais donc lorsque
Katia m’a téléphoné pour me demander d’aller la récupérer à Fos. Elle
criait, voulait tout dire dans un minimum de temps. Elle s’inquiétait car la
nuit allait tomber et il n’y avait plus d’autocar. Je pouvais lui suggérer de
prendre un taxi, de téléphoner à sa famille, de rentrer en stop, de coucher à
Fos. Au lieu de cela je lui ai demandé de ne pas s’affoler, de reprendre son
souffle et de répéter en articulant le nom de la rue où elle se trouvait. Dans
la foulée je lui ai demandé ce qu’elle faisait à Fos. Katia n’a pas entendu
ou a ignoré ma dernière question.
– Je suis à l’arrêt de bus près du bar.
– Très bien, je m’habille et j’arrive, ne t’affole pas, je te rappellerai dès
que je serai arrivé à Fos.
Un arrêt de bus près d’un bar, tu penses. Il n’y a que ça des arrêts de bus
et des bars. J’ai enlevé ma a’baya marocaine dans laquelle je suis resté
planqué toute la journée et me suis enfermé dans la salle de bains. Une
vérification générale minutieuse de mon état s’imposait. Un coup de
séchoir léger et un jet de laque parfumée ont clos la séance de mise en état.
J’ai sauté dans mon pantalon et pris la direction du sud. Hier à Marseille
Rian et moi avons veillé tard. Une fête était donnée dans tout le quartier de
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La Plaine et autour du Cours Julien. Danseurs, chanteurs et diverses
animations ont égayé le quartier. Nous avons bien bu et mangé de
succulentes tapas chez El Aché de Cuba, à hauteur du parking, sur le Cours
même. Je me contorsionnais pour expliquer entre deux verres à mon ami,
que je ne tomberai plus dans les pièges naturellement raffinés de Katia.
C’est que l’effet de surprise fut total. C’est lui qui a entraîné ma
décision. Katia ne m’a pas donné le choix. A l’entrée de Fos je lui ai
demandé plus de précisions. « Je suis près du commissariat de police,
devant le bar O’ Soleil. » Je suis arrivé à 19 heures 30. Elle était là,
silhouette immobile, grelottant de peur. Dès qu’elle m’a reconnu elle a
avancé vers la voiture. Elle est montée, a souri timidement sans répondre à
mes premières et légitimes questions. D’ailleurs la conversation a eu du
mal à prendre. Nous avons échangé des banalités, puis des généralités et
des lieux communs très ramassés. Lorsque quelques kilomètres plus tard
son portable a sonné, elle a répondu « ça y est, ça y est ». Puis, anticipant
sur mon honnête curiosité qui commençait à prendre de l’allure, elle s’est
justifiée en disant « c’est quelqu’un du foyer, je lui avais laissé un message
pour qu’il vienne me chercher, ce n’est que maintenant qu’il réagit. » Je
n’étais pas obligé de la croire et je ne l’ai pas crue. J’ai pensé à Momo.
C’est avec lui qu’elle était. Et c’est lui qui l’a appelée pour se rassurer. Je
donnerais plus que ma main à couper. Elle ment comme elle respire. Sans
que je ne le lui demande elle a juré que c’était « quelqu’un du foyer ». Elle
est tellement sincère dans ses carabistouilles, je veux dire tellement
naturelle que je lui pardonne presque toujours. C’est à hauteur d’Istres
(quinze minutes après le départ) que la discussion a pris, comme une
mayonnaise maison, de Dijon ou de Taghzout. Elle a dit qu’elle a été triste
depuis mon brutal départ le soir où je lui avais apporté les appareils photos
jetables. Elle a dit aussi que ce soir-là elle avait pleuré. Elle a juré sur
Allah qu’elle avait pleuré. Elle a juré sur Allah et son prophète que je suis
quelqu’un qui lui est cher. Elle a juré encore sur les marabouts de Taghzout
pour me dire que jamais, jusqu’à la fin des temps, elle n’oubliera ce que
j’ai fait pour elle. « Tu ne me crois pas ? regarde-moi, je te jure, wallah ».
Je lui ai dit qu’elle jure beaucoup et que cela est inutile, que cela pourrait
nuire à sa santé mentale. « Tu ne me crois pas ? » Parfois je la crois, le plus
souvent non. Elle a répété : « Je ne t’oublierai pas, jusqu’à la fin des temps,
mais toi tu me détestes. Je t’envoie un message, je te demande si tu m’en
veux et toi tu me réponds “j’ai rien à dire” ». Il est vrai que sur cette
question je n’ai rien à ajouter. Puis avec sa façon propre, toute particulière,
un peu bizarre d’ailleurs, elle a exprimé toute sa proximité envers moi.
Aïe ! Katia dispose d’un procédé original pour prouver son attachement à
ma personne. Elle pince, oui elle pince. Avec ses pouce et index gauches
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elle m’a pincé. Elle m’a pincé le dos de la main qui empoignait le volant,
qui n’en a pas bougé, qui ne lui a rien fait. Puis à plusieurs reprises, le bras.
Elle m’a pincé le bras ! Ses yeux se sont fait douceur et ses doigts tenailles.
« Reviens sitepli rejoindre Yasmin’, ne la laisse pas. » Elle m’a caressé et
pincé en même temps la coquine. Du chaud et du froid. C’est tout elle ça.
Elle me faisait mal tout en susurrant ka nebghik ktir. Mais c’est qu’elle m’a
fait vraiment mal par moments. Elle n’a pas cessé. Elle a même glissé son
doigt sous le bras de mon Tee-shirt qu’elle a trituré, puis elle a pincé
encore tout en répétant son expression fétiche du moment : « Tu me
détestes n’est-ce pas ? » Et elle m’a pincé encore. « Non je ne te déteste
pas, aïe-ee ! c’est toi qui me prends pour moins que rien ». Je lui ai
demandé pourquoi elle ne m’accorde que peu d’importance. Elle m’a
répondu en déclinant sa gamme de difficultés, financières notamment. Elle
a évité de répondre à ma question. Jamais Katia ne perd le nord. Lorsque je
l’ai déposée devant le foyer, je l’ai vue passer discrètement une main sur
l’oeil. A-t-elle essuyé une larme ? j’ai eu soudain un peu plus chaud au
coeur, même si elle ne s’est pas retournée. C’est la première fois qu’elle me
disait au revoir sans sourire. Elle était triste ou peut-être émue. Je n’en sais
rien. Peut-être.
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